Tree for two

Tree

Observons d'abord cet arbre entre Eve et Adam, ce lieu pour se cacher, se protéger, ce lieu qui devient un enjeu, un révélateur.
Lui : “C'était étrange cette attirance pour ce végétal immobile, un peu idiot avec ses branches tordues. Sa surface n'était même pas douce, rien à voir avec une peau d'homme : de l'écorce partout avec en plus des fourmis qui courent tout le long. Que lui trouvait-elle ?”

Elle : “Manger ce fuit… voilà qui introduirait un peu de piquant à cette vie. Je me sentais seule, d'ailleurs Adam ressemblait de plus en plus à un arbre : immobile et sans couleur, alors que l'arbre, le vrai, frémissait de toutes ses feuilles, enchantait l'œil et faisait même de la musique en s'agitant dans le vent. J'ai résisté quelques instants, puis j'ai tendu la main pour le prendre…”
La situation est drôle et piquante, et nous ne sommes pas dans une histoire d'un autre temps, mais dans un aujourd'hui qui se répète.

Observons ensuite ces chênes près desquels Abraham installe ses tentes, autour desquels sa vie semble tourner et se diluer. Et tourne la vie comme autour d'un piquet, jamais trop vite, jamais trop loin… Sarah va, vient, part, revient. Je vais, je re-vais, je pars, je reviens… je reste…là…au pied.
Le temps… Et l'ennui se dépose comme la rosée, dans un matin qu'on n'attend pas, tant on est sûr qu'il sera là. L'ennui comme un silence qui joue avec un soleil de plomb.
Soudain surviendra… l'inattendu…

Observons pour terminer, l'impensable dans la vie d'Abraham, ce voyage jusqu'au bout de sa conviction, avec son fils Isaac. “La voix résonne, comme si l'univers entier n'était que la voix. Je ne peux me réfugier nulle part sans l'entendre. Sans entendre ce que je dois faire.
Isaac, mon espoir d'avenir, mon "demain" !
Maintenant, je ne suis presque plus vivant, je ne décide même pas d'obéir à la voix : je fais ce que je dois faire, dans l'ordre, dans le désordre de moi-même.”
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